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Souveraineté des données : un critère d’achat clé
Digitaliser ses achats, c’est confier à un éditeur logiciel une matière sensible : ses données […]
Souveraineté des données : un critère d’achat clé
- Arnaud
- Temps de lecture estimé : 6 minutes
Digitaliser ses achats, c’est confier à un éditeur logiciel une matière sensible : ses données fournisseurs, ses prix négociés, ses volumes, parfois ses orientations de sourcing. La question de la souveraineté de ces données ne relève donc plus seulement de la DSI. Elle devient un critère d’achat à part entière.
Dans le premier numéro de Parlons HA, la revue du Conseil National des Achats, Claudia Weber, avocate fondatrice d’ITLAW Avocats, le formule clairement : la souveraineté ne se décrète pas par de simples clauses de localisation géographique. L’acheteur doit désormais transformer la contrainte réglementaire en levier de négociation.
Héberger ses données en Europe ne suffit pas
C’est le point le plus contre-intuitif, et le plus important. Stocker ses données dans un centre situé à Paris, Francfort ou Dublin ne garantit pas leur souveraineté. Le Cloud Act américain de 2018 permet aux autorités des États-Unis d’exiger d’une entreprise soumise à leur juridiction l’accès aux données qu’elle détient, quel que soit leur lieu de stockage. Un data center européen opéré par un acteur américain reste donc exposé à une injonction américaine.
Ce n’est pas une lecture militante. Auditionné au Sénat français en juin 2025, un représentant de Microsoft France a reconnu ne pas pouvoir garantir l’immunité des données des citoyens français face aux lois extraterritoriales américaines (Journal du Net). Les offres dites « souveraines » des grands fournisseurs apportent des garanties opérationnelles utiles, mais dès lors que la société mère relève du droit américain, l’exposition juridique demeure.
Une exposition massive et croissante
Les chiffres donnent la mesure de la dépendance. Selon une étude du CIGREF, le club des grands DSI français, publiée en avril 2025, environ 83 % des dépenses européennes liées aux logiciels et services cloud professionnels atterrissent chez des entreprises américaines, soit de l’ordre de 265 milliards d’euros par an (abcbourse / CIGREF). Sur les seules infrastructures cloud, les trois hyperscalers américains concentrent environ 70 % du marché européen, tandis que les fournisseurs européens sont passés d’environ 25 % de part de marché en 2017 à environ 15 % en 2025 (Synergy Research Group, via Tech Insider).
Cette concentration n’est pas qu’une question de parts de marché. Elle crée un effet de verrouillage technologique et une dépendance qui rend les migrations coûteuses, un point que les directions achats connaissent bien : un choix logiciel engage l’entreprise sur plusieurs années.
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Pourquoi le sujet concerne directement les achats
Un outil d’achats ou une marketplace concentre exactement le type de données que le Cloud Act vise. La cartographie de votre panel fournisseurs, vos conditions tarifaires, vos flux de commandes, vos données de sourcing R&D ou vos informations financières constituent des actifs stratégiques. Les exposer à une juridiction extraterritoriale n’est pas neutre.
Le contexte réglementaire renforce l’enjeu. Le Cyber Resilience Act impose désormais d’évaluer la cyber-résilience des produits et logiciels achetés. L’AI Act, lui, prévoit des sanctions pouvant atteindre 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires, et Parlons HA rappelle, chiffre EY à l’appui, que 72 % des entreprises ne seraient pas encore conformes au règlement européen sur l’IA. La souveraineté des outils rejoint ainsi la gestion des risques, un domaine dont l’acheteur est aujourd’hui pleinement responsable.
Souveraineté n'est pas localisation : les vrais critères
La bonne approche n’est pas binaire. Il ne s’agit pas de tout souverainiser, mais de classer ses données selon leur sensibilité, puis d’appliquer les bons critères aux plus critiques. Au-delà de la localisation géographique, quatre dimensions comptent.
- La dimension juridique : l’éditeur relève-t-il d’une juridiction extraterritoriale ?
- La dimension opérationnelle : qui a accès aux données et à l’administration de la plateforme ?
- La dimension technologique : la solution repose-t-elle sur des standards ouverts, gage de portabilité ?
- La dimension de la réversibilité : pouvez-vous récupérer et migrer vos données sans enfermement ?
Sur les données sensibles, l’écart de prix entre solutions souveraines et non souveraines s’étant réduit, l’argument du coût ne suffit plus à justifier l’exposition juridique.
Digitaliser ses achats avec un éditeur souverain
C’est dans ce cadre que le choix de la plateforme d’achats ou de marketplace prend son sens. Retenir un éditeur français, hors du champ des lois extraterritoriales américaines, réduit mécaniquement l’exposition de vos données de sourcing et de vos relations fournisseurs.
Origami Marketplace est un éditeur français, qui conçoit des plateformes d’achats et de marketplace pour les organisations souhaitant garder la maîtrise de leur écosystème fournisseurs. Pour une direction achats qui digitalise ses processus, ce point mérite d’être posé au même niveau que le prix ou les fonctionnalités : à qui confie-t-on la donnée, et sous quel régime juridique.
Faire de la contrainte un levier
Le message de fond porté par la profession est là. La souveraineté n’est pas qu’une contrainte défensive, c’est un levier de négociation. Poser la question de l’exposition juridique, exiger la transparence sur la localisation et l’accès aux données, sécuriser la réversibilité par contrat : autant d’exigences qui renforcent la position de l’acheteur et protègent l’indépendance de l’entreprise.
À mesure que la souveraineté s’installe dans les cahiers des charges, elle rejoint les autres critères stratégiques que la fonction achats porte désormais. Elle transforme un sujet longtemps réservé aux experts techniques en un véritable levier de performance et de maîtrise des risques.
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